La Mauritanie à la
croisée des chemins, par A. Mansour
Ahmed Ould Daddah est le favori du scrutin
De nouveau, la Mauritanie a rendez-vous avec son destin. Des élections
présidentielles sont prévues pour le 18 juillet 2009, après avoir été reportées
à deux reprises pour permettre un déroulement qui soit le plus régulier et le
moins contesté possible. Le processus et les modalités du scrutin ont posé de
multiples problèmes. C’est grâce à la médiation efficace et persévérante du
Président sénégalais, Abdoulay Wade, que des solutions ont été trouvées. Il a
même réussi à obtenir de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdoulahi qu’il démissionne
d’un poste qu’il n’occupe plus de facto. Puisque ce dernier président a été
renversé par un putsch militaire le 6 août 2008, après une présidence de
quelques mois. Cette démission était la clé de voûte pour un retour à “la
normale”. Elle a permis d’effacer le coup de force de l’armée conduit par le
général Mohamed Ould Abdelaziz qui lui-même a quitté le pouvoir et s’est mis en
tenue civile pour se porter candidat à sa propre succession. Le Président Wade a
réussi là un coup de maître.
Est-ce à dire que la Mauritanie est en passe de sortir du tunnel après une
instabilité récurrente qui dure depuis la destitution putschiste de Mokhtar Ould
Daddah, un 10 juillet 1978, par le colonel Ould Mohamed Salek, ouvertement
soutenu par Alger? La Mauritanie quitte alors une longue période de quiétude et
de nonchalance politique qui ne dérangeait personne. Hormis son gisement minier
de Zouirate et son potentiel halieutique, le pays ne suscitait pas un grand
intérêt de par le monde.
Concession
Jusqu’au renversement de Mouaouiya Ould Sid Ahmed Taya, le 3 août 2005, les
coups d’État militaires étaient plutôt d’ordre interne, à forte connotation
tribale et avec une certaine connivence régionale.
Ce n’est qu’après la découverte du pétrole que la Mauritanie se révèlera au
reste du monde avec une nouvelle dimension stratégique. La production est
jusqu’ici modeste, mais les réserves prospectées promettent. Les Américains, les
Européens, mais aussi les Chinois tendent l’oreille. Leurs diplomates reniflent
à plein nez les opportunités de concession de prospection et d’exploitation.
Depuis quelques années, Nouakchott est l’objet de toutes les sollicitations.
Mais aussi de toutes les convoitises politiques. Ceci explique cela, y compris
la valse des militaires et de quelques rares civils au pouvoir. Le pétrole fait
tourner le monde, pourquoi pas le siège présidentiel à Nouakchott! Le pivotage
vers une normalisation avec Israël n’a pas arrangé les choses. Au contraire.
Pour nous autres Marocains, tout ce qui se passe en Mauritanie nous intéresse,
depuis toujours. D’abord considérée comme le prolongement naturel de l’Empire
Chérifien, il a fallu du temps et beaucoup de doigté diplomatique pour que
s’installent des relations normales d’État à État. Puis est venu se greffer sur
ce cheminement, un peu laborieux, la question du Sahara. Tout se complique. Tout
devient hyper-sensible. Le moindre événement politique, le balbutiement
diplomatique le plus anodin est analysé, soupesé à l’aune de l’affaire du
Sahara. À titre d’exemple, il faut savoir que pour joindre Tifariti -un coin de
sable démilitarisé que le Polisario appelle “territoire libéré”- il faut passer
par la Mauritanie. Nouakchott laisse faire, malgré les offuscations de Rabat.
Car, faut-il le rappeler, la Mauritanie reconnaît toujours les séparatistes du
Polisario, à travers leur émanation extrême, l’État fantoche appelé RASD.
Offuscations
En janvier 2008, un émissaire de la RASD était porteur d’un message à Cheikh
Abdoulahi de “son homologue” Mohamed Abdelaziz. Qu’il ait donc débarrassé le
plancher, cela ne nous a pas beaucoup attristés. Mais l’équation reste la même,
dès qu’il s’agit de changement au plus haut niveau de l’État. Comme c’est le cas
aujourd’hui, où nous sommes à l’écoute non-stop, avec toutes les finesses
auditives qui nous parviennent de-ci, de-là. Normal, sur ce registre, avec la
Mauritanie, nous avons connu des hauts et des bas. Des présidences
compréhensives de notre attachement à l’intégrité territoriale du pays. Et
d’autres complètement alignées sur la position algérienne et leur protubérance
polisarienne. Il n’y avait de choix que de faire avec. Ça ne sera pas autrement
cette fois-ci.
Dix candidats pour un fauteuil. On vous fera grâce d’un passage en revue
intégral. Quatre d’entre eux méritent d’être mis en exergue. Deux militaires et
deux civils, pour respecter la parité dans ce type
de régime.
Respectabilité
Ely Ould Mohamed Vall, général de son état, reçoit sa formation à l’académie
militaire de Meknès et son premier commandant dans la région nord, en pleine
guerre du Sahara. Il est le tombeur de Mouaouiya Ould Sid Ahmed Taya, avec
l’aide de l’armée, le 3 août 2005. Il est rejeté, du bout des lèvres, par les
instances africaines, arabes et internationales. Il se donne une respectabilité
en mettant en place une commission électorale indépendante qui a permis, au bout
de
deux ans, l’avènement de Ould Cheikh Abdoulahi.
Mohamed Ould Abdelaziz est un autre général qui, lui, est l’évacuateur de Ould
Cheikh Abdoulahi, le 6 août 2008. Il a occupé les plus hauts postes militaires
dans son pays. C’est, apparemment, un habitué du putschisme, puisqu’il a déjà
été dans le coup contre Ould Taya dont il était le chef d’état-major
particulier.
Place, maintenant, aux civils. Ahmed Ould Daddah est un cas particulier. Il a
tout connu. Les délices du pouvoir et les rigueurs de la responsabilité du temps
de Mokhtar, son demi-frère; puis l’opposition, la prison et l’exil sous Ould
Taya. Il a aussi l’expérience des élections présidentielles, puisqu’il fut
candidat malheureux contre Ould Cheikh Abdoulahi. Aujourd’hui, à 64 ans, il est
donné comme favori à la tête du Rassemblement des Forces démocratiques (RFD).
C’est vraiment une exception dans le paysage politique mauritanien.
D’autant plus qu’il peut compter sur un quatrième candidat, Messoud Ould
Boulkheir, un techno-politique, avec qui il a fait alliance pour un report
mutuel des voix au profit du mieux placé au second tour. Le 18 juillet 2009,
Ahmed Ould Daddah jouera son ultime tentative d’accéder à la magistrature
suprême de son pays. Ce n’est pas pour autant que la question reste
entière: qui présidera aux destinées de la Mauritanie, un militaire ou un civil?
La différence est plus qu’une nuance, au niveau régional, surtout. Encore une
fois, le Maroc observe et y attache le plus grand intérêt.
Repris du magazine marocain "Maroc Hebdo International", no 847 du 10 au 16
juillet 2009