Le jeu trouble de
Paris en Mauritanie, par Vincent Hugeux
Claude Guéant
A la veille du scrutin du 18 juillet, la France aura joué en catimini la carte
du putschiste Mohamed Ould Abdel Aziz.Il paraît que la Françafrique a vécu. Que
les émissaires de l'ombre et les manoeuvres d'antichambre n'ont plus cours. Que
Paris s'abstient désormais de peser sur scrutins et successions. Pieuses
balivernes. S'il en était besoin, la présidentielle mauritanienne - premier tour
le 18 juillet - administrerait aux naïfs une piqûre de rappel.
Le premier tour de la présidentielle met aux prises dix candidats, dont Abdel
Aziz, Vall ou l'opposant Ahmed Ould Daddah. Rembobinons le film. En août 2008,
un putsch conduit par le général Mohamed Ould Abdel Aziz évince Sidi Ould Cheikh
Abdallahi, porté au pouvoir dix-sept mois plus tôt à la faveur de la première
élection pluraliste de l'histoire de ce vaste pays désertique aux 3,2 millions
d'âmes. Coup d'Etat mollement condamné sur les bords de la Seine, où deux thèses
s'affrontent.
Très vite, la ligne du fait accompli, qu'incarne le secrétaire général de
l'Elysée, Claude Guéant, muselle les "légalistes", partisans de fermes sanctions
et du retrait d'Aziz, à défaut d'un retour au statu quo ante que nul ne souhaite
vraiment. Pour preuve, la galéjade de Nicolas Sarkozy, qui, le 27 mars, ose
prétendre que le pronunciamiento n'aurait suscité aucun désaveu au pays...
Soutien et silences au palais de l'Elysée
Dès lors, le clan Guéant ne lâchera plus son poulain galonné. Certes, il
dissuade celui-ci d'opter pour le passage en force, préconisé par le Libyen
Muammar Kadhafi: un simulacre de scrutin, bricolé à la hâte dès le 6 juin. Mais
en persuadant le chef de la junte de différer le défi des urnes, Claude Guéant
lui épargne un procès en illégitimité aggravée. Aziz et ses fidèles, à
commencer par son mécène Mohamed Bouamatou, richissime homme d'affaires, sont
traités avec des égards insolites. On les reçoit à l'Elysée, tandis que
s'activent auprès d'eux des "conseillers" empressés, tels l'avocat Robert
Bourgi, ou Patrick Balkany, intime de Sarkozy enclin à sillonner le continent,
entre business et missions officieuses.
Pour Aziz, la victoire est-elle acquise? Pas vraiment. Plusieurs prétendants,
souligne Alain Antil, chercheur à l'Institut français des relations
internationales (Ifri), peuvent a minima l'acculer à un périlleux ballottage.
Citons Ahmed Ould Daddah, servi par son image d'antiputschiste intransigeant,
tout comme Messaoud Ould Boulkheir, président de l'Assemblée nationale.
Autre challenger, Ely Ould Mohamed Vall, parvenu au pouvoir en 2005 au prix d'un
coup d'Etat militaire ourdi avec son cousin Abdel Aziz, mais qui orchestra en
2007 une transition démocratique jugée exemplaire. Autant dire qu'en cas d'échec
de son champion - issue qui ne désolerait guère les authentiques "Africains" de
l'Elysée - Guéant nous gratifiera d'un joli numéro d'acrobatie dialectique.