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NOUAKCHOTT ENVOYÉ SPÉCIAL Les Mauritaniens en sont fiers. Jamais, à les entendre, un pays arabe n'a connu un tel suspense pour une élection présidentielle. Alors qu'ils s'apprêtent à clore près de deux années de junte militaire et à élire, dimanche 25 mars, un nouveau président de la République, personne ne sait en effet qui va l'emporter. L'élection se jouera dans un mouchoir de poche. Des dix-neuf candidats présents au premier tour, deux restent en lice. Arrivé en tête avec un quart des suffrages alors que presque personne ne le connaissait il y a quelques mois, Sidi Ould Cheikh Abdallahi part favori. Il a rallié récemment deux de ses adversaires malheureux qui totalisent près de 25 % des voix, mais sans garantie de toutes les récupérer. Son adversaire est Ahmed Ould Daddah, l'opposant historique au régime, devancé d'à peine 30 000 voix au premier tour (l'électorat dépasse de peu le million). Lui aussi a bénéficié de plusieurs soutiens ces derniers jours. Les deux candidats ont des points communs. Ils appartiennent à la même génération, celle des sexagénaires. Economistes de formation, ils ont tous deux participé aux affaires gouvernementales et travaillé pour des organismes internationaux. Les ressemblances s'arrêtent là. "Sidi" se veut le candidat du rassemblement. "C'est ce qui me distingue le plus de mon adversaire", explique-t-il au Monde. Ce n'est pas un homme de rupture. Il n'entend pas se couper de ceux qui ont servi le régime (très autoritaire) de Maaouya Ould Taya (1984-2005), chassé du pouvoir - sans effusion de sang - par les militaires en août 2005. Au contraire, il veut les intégrer au sein d'une majorité élargie. "Le changement ne peut venir que d'un rassemblement incluant l'ancienne majorité", affirme cet homme affable aux gestes mesurés. Il souhaite un "gouvernement d'union nationale", mais reste vague sur le programme. Il est question de " renforcer l'unité nationale", de "mettre en oeuvre un Etat de droit", de favoriser une "forte croissance", d'entretenir de bonnes relations avec les pays voisins... "Ce qui importe, c'est l'état d'esprit. Les hommes valent davantage que les programmes", fait-il valoir. LA QUESTION DES MILITAIRES Avec Ahmed Ould Daddah, les engagements sont plus clairs et la volonté de changement assumée. L'homme est réputé autoritaire. Il s'en défend. "Je suis sur les barricades depuis seize ans. Je serai intransigeant sur l'essentiel", dit-il. S'il est élu, son premier geste sera pour "demander pardon, au nom de l'Etat, à tous ceux qui ont été victimes de déportation et de sévices". Le candidat fait allusion à la communauté négro-mauritanienne victime d'exactions à la fin des années 1980. M. Ould Daddah veut aussi "punir par la loi les pratiques esclavagistes qui subsistent dans le pays". Social-démocrate, il entend que l'Etat se fasse respecter "pour que le loup ne puisse pas manger l'agneau". Mais l'opinion publique se demande surtout ce que vont devenir les militaires qui, après avoir chassé Ould Taya, ont mené à bien la transition démocratique. Vont-ils réellement abandonner le pouvoir et retourner dans les casernes ? Ne sont-ils pas derrière la candidature de "Sidi", même si ce dernier se présente comme un candidat indépendant ? Le colonel Ely Ould Mohamed Vall, le chef de la junte, tentera-t-il de revenir au pouvoir dans cinq ans, par les urnes cette fois ? Autant de questions auxquelles le scrutin de dimanche ne répondra pas. Jean-Pierre Tuquoi "Le Monde" du 25.03.07
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