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 Aujourd'hui, les Mauritaniens élisent leur futur président


 

Nouakchott (AP) - Les Mauritaniens sont appelés aux urnes dimanche, pour se choisir un président parmi 19 candidats en lice. Il devrait s'agir du premier scrutin présidentiel authentiquement libre pour ce pays du désert, l'acte final du retour à la démocratie promis par les militaires qui se sont emparés du pouvoir il y a deux ans avec pour objectif de mettre fin au totalitarisme.

Depuis l'indépendance de la France en 1960, ce pays largement désertique, tribal et nomade, a connu dix coups d'Etat, ratés ou réussis. Maaoya Sid'Ahmed Ould Taya avait pris le pouvoir en 1984, avant d'être lui-même renversé, sans violence et alors qu'il était à l'étranger, le 3 août 2005, par le putsch du colonel Ely Ould Mohamed Vall.

Vall a tenu ses promesses de démocratisation, rétablissant la liberté de la presse et mettant sur pied un système judiciaire indépendant. En juin 2006, un référendum inscrivait dans la constitution la limitation du mandat présidentiel à deux fois cinq ans et les libertés fondamentales. Des élections législatives et municipales ont ensuite été organisées en novembre.

"Nous avons de grands espoirs pour la démocratie", explique Ahmed Ould Daddah, un des favoris, frère de Mokhtar Ould Daddah, le premier président du pays. Vétéran de l'opposition, deux fois rival malheureux d'Ould Taya, cet ancien économiste de la Banque Mondiale a passé quatre ans en résidence surveillée. Un des autres favoris est l'ancien ministre Ould Cheikh Abdallahi.

Egalement candidat, l'ex-commandant putschiste Saleh Ould Hanenna, qui par trois fois tenta de renverser Ould Taya, en 2003 et 2004. Ou encore l'ancien homme fort Mohamed Khouna Ould Haidalla, qui prit le pouvoir en 1979 avant d'en être chassé par Ould Taya.

Quant au colonel Vall, il a juré qu'aucun des 17 membres de la junte ne serait candidat. Bien que les Mauritaniens aient été nombreux à venir le supplier de se présenter.

"Tant que les Mauritaniens penseront que le président est quelqu'un d'indispensable, ils continueront à faire une monumentale erreur de jugement. C'est ce genre de pensée qui mène à la dictature", déclarait il y a peu le colonel aux petites lunettes et aux manières douces, plus universitaire que militaire...

Reste qu'avec tant de candidats, les analystes évitaient toute prédiction et envisageaient un deuxième tour, inédit en République islamique de Mauritanie. "Pas un seul observateur neutre ne peut dire qui va gagner", notait Ousmane Kane, gouverneur de la Banque centrale. "Je ne vous dis pas à quel point c'est exceptionnel, pas seulement en Mauritanie, mais en Afrique. Pas seulement en Afrique, mais dans tout le monde arabe".

Dans tout Nouakchott, la capitale toute proche des premières dunes, la population s'en donne en tout cas à coeur joie en cette fin de campagne, les automobilistes affichant le portrait de "leur" candidat sur leurs portières de voiture et traversant la ville dans un concert d'avertisseurs. Ou se félicite, comme Lamina Mint Ameine, 17 ans: "pour la première fois, dans chaque maison, il y a des opinions politiques différentes. Dans ma famille, je suis pour un candidat, ma mère pour un autre, mon frère un autre, mon père un autre".

Sur les 3,2 millions d'habitants de ce pays musulman, 1,1 million d'électeurs se sont inscrits, un record.

Leur principale inquiétude est que l'homme qui sera choisi ne replonge dans la répression et le totalitarisme le pays. Nombre craignent notamment que des candidats roulent en sous-main pour l'ex-dictateur ou que l'expérience démocratique en cours n'ait été que passagère.

"Celui qui vient devra garantir que la démocratie que nous avons plantée prenne effectivement racine", note Ahmed Ould Isselmou, directeur du Département des statistiques démographiques et sociales.

La seule chose dont les Mauritaniens ne doutent pas, c'est que Vall s'en ira. "J'ai toujours su que je ne resterais pas longtemps. Du coup, je n'ai pas apporté grand-chose. Il n'y aura pas besoin de faire des cartons", dit-il, dans son bureau du palais présidentiel. Non loin de là, des ouvriers retapent les murs de sa maison où tout est resté en place sous de simples bâches, meubles, livres, jouets, et où il compte retourner vivre dès la semaine prochaine.

Les bureaux de vote ouvrent à 7h GMT, pour fermer à 19h GMT. Les résultats définitifs ne sont pas attendus avant plusieurs jours. AP
 

   

 

 

    

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